Campus Stellae – Chants sacrés du XII siècle (voix de femmes)

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Campus Stellae - Chants sacrés du XII siècle.jpg



1. Novus annus dies magnus  [3:17]
Conductus | tutti
Saint-Martial de Limoges | Paris, Bibliothèque Nationale, lat. 1139

2. Ad superni regis decus  [3:42]
Trope de Benedicamus domino | 7 · 6
Magister Albericus archiepiscopus Bituricensis (archevêque de Bourges)
Codex Calixtinus, cc 98

3. Dies ista celebris  [2:53]
Trope de Benedicamus domino | 7
Saint-Martial de Limoges

4. Congaudeant catholici  [4:00]
Trope de Benedicamus domino | tutti
Magister Albertus Parisiensis
Codex Calixtinus, cc 96

5. Alleluia. Gratulemur et letemur  [5:19]
Prosa | tutti
Prosa sancti Jacobi Latinis, Grecis et Ebraicis verbis, a domno Papa Calixto abreviata
Prose de Saint Jacques en latin, en grec et en hébreu, abrégée par le Pape Calixte
Codex Calixtinus, cc 76

6. Dies ista gaudium  [3:21]
Trope de Benedicamus domino | 4
Saint-Martial de Limoges

7. Res est admirabilis  [3:05]
Prosa | 3, 4, 10 · 2, 7, 8
abbaye de Fontevraud | Limoges, Bibliothèque Municipale 2

8. Plebs domini  [4:09]
Conductus |  10 · tutti
Saint-Martial de Limoges | Paris, Bibliothèque Nationale, lat. 3719, fol. 39v

9. Gregis pastor  [2:38]
Trope de Benedicamus domino | tutti
Saint-Martial de Limoges | London, British Museum Library, ADD 36881, f13′

10. Uterus hodie virginis floruit  [2:50]
Versus | 9
Saint-Martial de Limoges | Paris, Bibliothèque Nationale, lat. 3719, fol. 38v

11. Mira dies oritur  [2:39]
Trope de Benedicamus domino | 3
Saint-Martial de Limoges | Paris, Bibliothèque Nationale, lat. 3719, fol. 38v

12. Cunctipotens genitor Deus  [3:36]
Organum — Trope de Kyrie | 7 · 1, 6, 9
Magister Gauterius de Castello Rainardi
Codex Calixtinus, cc 111

13. Lilium floruit  [4:11]
Versus | 6
Saint-Martial de Limoges | Paris, Bibliothèque Nationale, lat. 3719, fol. 43

14. Quam dilecta tabernacula  [5:26]
Prosa | tutti
Beauvais | ms London, British Library, Egerton 2615; edition : W. Ant

15. Rex immense  [2:41]
Trope de Kyrie | 4, 5 · 8, 9 · tutti
Fulbertus episcopus Karnotensis (Fulbert, évêque de Chartres)
Codex Calixtinus, cc 108

16. Clemens servulorum gemitus tuorum  [2:54]
Prosa | 5 · 3, 4, 8, 10
Prosa sancti Iacobi crebro cantanda a domno Guilelmo patriarcha Iherosolimitano edita
Prose de saint Jacques, a chanter continûment, composée par maître Guillaume, patriarche de Jérusalem
Codex Calixtinus, cc 78

17. Flore vernans gratie  [4:37]
Conductus | tutti
Saint-Martial de Limoges | BNF lat 1139, f78

18. Judicii signum  [8:40]
Prophétie de la Sibylle | tutti
Lectionnaire de Marseille | Paris, Bibliothèque Nationale, Latin 1018

DISCANTUS
voix de femmes
Brigitte Lesne

Laurence Brisset – 1
Claire Jéquier – 2
Lucie Jolivet – 3
Emmanuelle Gal – 4
Anne Guidet – 5
Brigitte Le Baron – 6
Brigitte Lesne – 7
Caroline Magalhaes – 8
Catherine Schroeder – 9
Catherine Sergent – 10

DISCANTUS, ensemble de voix de femmes, se consacre essentiellement à faire revivre les répertoires sacrés monodiques et polyphoniques du Moyen Age tels qu’ils étaient pratiqués par les moniales dans leur monastère. Discantus propose une lecture vivante des notations musicales de cette époque, depuis les neumes de Saint-Gall et de Laon, pour le chant grégorien, jusqu’aux grands manuscrits issus des Ecoles Saint-Martial de Limoges et Notre-Dame de Paris.
L’ensemble développe ses activités en liaison avec le Centre de Musique Médiévale de Paris.

BRIGITTE LESNE, chanteuse, membre des ensembles Alla Francesca et Gilles Binchois, fonde l’ensemble Discantus en 1989. Elle se produit également en récital et exerce une importante activité pédagogique au Centre de Musique Médiévale de Paris, dont elle est co-directrice artistique.

Producer : Yolanta Skura
Artistic supervision, engineer, editing : Arnaud Moral
Digital recording
Recording : Abbaye de Fontevraud, 2-5 January 1994
Cover : Beatus de Liebana, The Virgin, Queen of the martyrs and saints (detail) D.R.
Cover design : Fernand Dutilleux
Composition du livret / Typesetting : Peter Vogelpoel
℗ 1994 Original recording made by Opus Production, Paris
© 1994 Opus Production, Paris
Réf. : OPS 30-102

L’ensemble Discantus est soutenu par la Fondation d’entreprise France Télécom depuis 1992.

Campus stellae : de Saint-Martial de Limoges à Santiago de Compostela

DANS LE SILLAGE des Mages venus d’Orient, le pèlerin se laisse guider par l’étoile, et sa démarche symbolise la quête, jamais satisfaite, d’une lumière suprastellaire. Au XIIe siècle, de toutes les régions d’Europe, hommes et femmes se dirigent vers le Campus stellae, Compostelle, pour vénérer le tombeau de saint Jacques, ce tonitrui filius, « fils du tonnerre », que l’on dit proche du Christ. Si les routes d’Europe se souviennent de ces voyages — toponymie, décoration des églises… —, elles ne peuvent plus transmettre les brillantes et nécessaires harmonies qui en scandaient les stations.

L’Europe médiévale en mouvement a fait avec elle cheminer et évoluer sa musique. Le Livre de Saint-Jacques (Codex Calixtinus) fut copié en Bourgogne, pour Compostelle. Il a guidé à la fois le pèlerin et le chantre. L’itinéraire qu’il décrit prouve que des traditions diverses se côtoyaient au tournant des routes et lors des grandes étapes : Beauvais, Sens, Chartres, Paris, Orléans, Tours, Limoges, Le Puy, Moissac, Conques. Ce n’est pas une voie qui est tracée, mais un faisceau de rencontres religieuses, humaines, linguistiques, culturelles, enfin musicales. Avec le pèlerinage voyagent des sons nouveaux, ceux qui ne sont pas diffusés par les filiations monastiques.

Le pèlerin qui venait de l’Europe du Nord découvrait, en traversant l’Aquitaine, les polyphonies et conduits composés autour de la célèbre abbaye de Saint-Martial, dans le Limousin, et qui valurent son renom à ce que nous appelons l’Ecole musicale de Saint-Martial. Le Codex Calixtinus, qui, avec d’autres manuscrits du Sud, transmet ces répertoires, atteste que ces musiques ont abouti à l’extrême finis terrae du monde occidental, là où il n’y a plus que la mer et les étoiles : maris stella. Au XIIe siècle, l’espoir se résume dans ces deux mots, qui sont exploités à satiété, et qui expriment une attente spirituelle autant que courtoise.

Le Liber Sancti Jacobi indique la voie, les lieux de repos, les merveilles à visiter ; il met en garde contre les embûches, les bandits, les rivières à éviter parce que polluées, etc. Il transmet de surcroît le répertoire musical composé pour Saint-Jacques, chargé de nouveautés, dans une écriture enfin devenue, depuis peu, parfaitement lisible, et selon un langage polyphonique qui ne se cache plus. Car les pèlerinages, comme les jeux liturgiques et les réjouissances de clercs, offrent des possibilités d’invention que la liturgie traditionnelle semblait restreindre.

Un chant nouveau enrichit les anciennes structures : des textes sont insérés dans le Kyrie (Rex immense), qui peut désormais être interprété en organum à deux voix (Cunctipotens genitor Deus). Des séquences, repensées à partir des modèles traditionnels, sont mises en polyphonie (Res est admirabilis). Le chant du Benedicamus domino, conclusion des offices du matin et du soir, est préparé par un versus. Et tout concourt à accroître la solennité. Le conduit à refrain, qui favorise le dialogue entre le chantre et le chœur, est propice aux déplacements processionnels (Plebs domini) et annonce les lectures solennelles.

Que ces chants soient en monodie, et alors souvent ils font entendre, par l’alternance des registres sonores, la variété des couleurs vocales. S’ils sont polyphoniques, ils assemblent dans le même temps des voix qui, dit le chantre, se séparent pour faire résonner la musique, et se retrouvent sur les consonances, pour donner à percevoir l’harmonie universelle. Des compositions à prédominance syllabique (une ou deux notes par syllabe) servent une littérature neuve et savante, mais elles ne tardent pas à laisser le chantre déployer sa voix en des vocalises qui mettent le tout en valeur (Dies ista celebris, Lilium floruit, Ad superni regis decus).

De telles nouveautés sont composées à l’occasion des grandes fêtes, des festivités extraordinaires, de l’arrivée aux grands sanctuaires, ou des célébrations saisonnières qui remplissent les longues nuits d’hiver. Des récréations rituelles et annuelles donnent aux clercs l’occasion de mener l’humour jusqu’à l’insolence. Le cycle de Noël est enrichi d’un abondant répertoire, car il magnifie l’an nouveau (Mira dies oritur, Novus annus) et surtout l’étonnant mystère de la naissance merveilleuse : divine et virginale (Uterus hodie… O partus mirabilis).

La nature est omniprésente dans les créations littéraires de ce monde champêtre (Flore vernans gratie, Lilium floruit); les instruments cités symbolisent la musique, elle-même allégorie de la joie (Gregis pastor). Les poètes se souviennent encore des sources scripturaires, des grands thèmes théologiques, mais ils sont aussi influencés par leurs auteurs classiques (Tityrus). Saint Augustin lui-même invoqua l’antique Sibylle, cette prophétesse qui, en présentant l’annonce messianique de la nuit de Noël, rappelait la tragique angoisse de la fin des temps, toujours sous-jacente à cette célébration (Judicii signum). Quant au culte de saint Jacques, il s’inspire des récits étonnants de son histoire, qui attisent la ferveur des pèlerins. Une prose polyglotte (Alleluia — Gratulemur et letemur) enfin, résume le rayonnement de ces lieux. Que de langues réunies pour chanter à Compostelle, et quelle modernité préfigurent ces grands rassemblements !

MARIE-NOËL COLETTE

Le répertoire de ce disque est emprunté à des traditions régionales qui ont particulièrement marqué l’histoire musicale du XIIe siècle :
• Saint-Martial de Limoges (Manuscrits Paris, Bibliothèque Nationale Latin 1139, 3549, 3719; London, British Library, Additional 36881)
• Santiago de Compostela : manuscrit conservé à Compostela, appelé Codex Calixtinus (fac-similé noir et blanc et transcription : W.M. Whitehill et G. Prado, Liber Sancti Jacobi : Codex Calixtinus, 3 vols, 1944. Fac-similé couleur : Ed. Kaydeda, Madrid, 1993)
• Beauvais (Manuscrit London, British Library, Egerton 2615. Edition : W. Ant, Ein Festoffizium des Mittelalters aus Beauvais, 2 vols, Koln, 1970)
• La prophétie de la Sibylle Judicii signum est chantée d’après un Lectionnaire de Marseille (Paris, Bibliothèque Nationale, Latin 1018)
• La prose polyphonique Res est admirabilis est empruntée à un manuscrit originaire de l’abbaye de Fontevraud (XIVe siècle ; Limoges, Bibliothèque Municipale 2).

Transcriptions musicales : Marie-Noël Colette et Brigitte Lesne.
On peut lire Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques (inclus dans le Codex Calixtinus) dans l’édition et la traduction de J. Vielliard, Mâcon, 1978.


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